L'histoire du Judo
Né au Japon en 1882 sous l’impulsion de Jigorō Kanō, le judo s’inscrit à la croisée de l’art martial et de la pédagogie, conçu dès l’origine comme une discipline visant l’harmonisation du corps, de l’esprit et de la morale. À la différence du kobudo, la « voie martiale traditionnelle », le judo appartient à la catégorie des shin budo, les « voies martiales modernes », dont l’une des expressions s’est progressivement muée en sport de combat avant d’accéder au rang de discipline olympique lors des Jeux de Tokyo en 1964.
Déjà détenteur, à seulement vingt et un ans, de trois denshō – titres magistraux comparables aux menkyo, qui confèrent l’autorité d’enseigner – Kano élabora une méthode originale, héritée du ju-jitsu, qu’il baptisa Judo Kodokan.
En 1920, il en formula la philosophie à travers deux principes fondateurs : Seiryoku zen’yo, « l’usage optimal de l’énergie », et Jita kyoei, « entraide et prospérité mutuelle ».
Souhaitant faire du judo un instrument d’éducation destiné à la jeunesse de son pays, Kanō écarta délibérément les techniques les plus dangereuses issues des écoles martiales anciennes qu’il avait étudiées.
Il métamorphosa ainsi une pratique de combat à mains nues, jadis rude et guerrière – aujourd’hui désignée, parfois de manière imprécise, sous le terme de ju-jitsu – en un art dominé par l’éthique, la maîtrise de soi et la recherche d’un équilibre intérieur. Le judo devint alors un moyen de formation de la personnalité, porteur d’un esprit constructif et résolument non violent.
En compétition, le judoka vise principalement à projeter son adversaire sur le dos, à le maîtriser au sol par l’immobilisation, ou à obtenir son abandon au moyen de clés articulaires ou d’étranglements. Les règles de la discipline ont naturellement évolué au fil du temps : les techniques de percussion et l’usage des armes traditionnelles sont désormais cantonnés à l’étude théorique des kata et demeurent exclus aussi bien de la compétition que de la pratique libre (randori).
Mikinosuke Kawaishi joue un rôle fondateur dans l’essor du judo en France. Réunissant les premiers judokas français, il impose une méthode d’enseignement structurée et adaptée à l’esprit occidental, malgré un tempérament parfois jugé autoritaire. Cette approche donne naissance au judo français, sur lequel il exerce durablement une influence décisive.
S’inspirant des judokas anglais proches de Gunji Koizumi, Kawaishi introduit le système des ceintures de couleur, inconnu au Japon, et l’associe à un programme pédagogique précis.
Le succès de la méthode Kawaishi, développée avec Moshe Feldenkrais, conduit à son adoption généralisée en Occident.
À partir de 1937, Kawaishi dirige le Judo Club de France, première structure permanente du judo national. Promu 5e dan par Jigorō Kanō en 1938, il forme les premières ceintures noires françaises, dont Moshe Feldenkrais et Jean de Herdt. Malgré son départ forcé durant la Seconde Guerre mondiale, le judo continue de se développer, avec l’organisation des premiers championnats de France en 1943.
De retour en France en 1948, Kawaishi relance son enseignement, soutenu par Shozo Awazu, et diffuse sa méthode à travers ouvrages et démonstrations, notamment à l’étranger. Par sa vision moderniste et son sens de l’organisation, il adapte le judo aux sociétés occidentales et donne au judo français une structure durable, professionnelle et reconnue.
